Bretagne

Ca commence par une pierre qui tombe, dans le silence, verticalement, immobile. Elle tombe de très haut, aérolithe, bloc rocheux aux formes massives, compact, oblong, comme une sorte d’œuf géant à la surface cabossée.

C






Les morts vont vite, agités par la bourrasque sur leurs chevaux de nuages gris, déchiquetés, dans le ciel incertain de ce premier printemps qui s’approche, et qui sera le dernier printemps. Les morts vont vite. Ils se succèdent en troupe serrée. Ils s’appellent Gauvain, Tristan de Léonnois, Perceval, Lancelot du Lac, Arthur de Bretagne…   Leur galop houleux menace à chaque instant de les faire choir du haut de leurs selles mal arrimées.

A










Dans le dessin des choses immobiles, autour de moi, je vois sans cesse apparaître des visages : des visages humains qui se forment, se figent et me regardent en grimaçant.

A







 

Juste au-dessous, entre les branches dénudées du quadruple alignement des hêtres qui marquent son imposante allée d’honneur, la Maison Noire, dans une lumière orageuse de fin d’hiver, se dresse inutile et tenace, telle un vieux navire désarmé, battu par les vagues immuables comme elle, sur qui tomberait la neige : neige d’enfance et de terreur, neige des rêves, neiges séculaires, neiges du souvenir.

A




Alain Robbe-Grillet
A:
Angélique ou l’enchantement

C : La belle captive

 



 


 
 
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